Autodafés et résistances
A l'occasion de la sortie de notre catalogue, voici le bilan de notre aventure éditoriale
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EN ALLEMAGNE NAZIE, on brûlait les livres et la suite va nous apprendre que « le livre est le double de l’homme, le brûler équivaut à tuer. Et parfois aussi l’un ne va pas sans l’autre.»¹ Aujourd’hui, la démocratie est décrétée sans appel et définitive. Derrière ce discours convenu, se cache pourtant une réalité occidentale bien plus inquiétante : dynamique de régressions sociales et politiques, érosion des droits démocratiques, enrichissement d’une minorité, appauvrissement de la plupart. Le livre n’est pas épargné. En quinze ans, deux autodafés vont l’accabler. La disparition de l’URSS, quel que soit le bilan que l’on tire de son expérience, a été un formidable ballon d’oxygène pour le libéralisme qui se croit alors vainqueur par KO. Et comble de l’arrogance pour un système qui ne vit que de la compétition, le voilà qu’il se croit sans concurrent. Il est alors de bon ton de faire croire à la fin des idéologies. S’en suit une mise à l’index des idées qui ont «perdu» et tout un pan du patrimoine du mouvement ouvrier est « définitivement » considéré comme ringard et donc éliminé.  

Au début des années 90, un livre de Marx termine plus souvent à la poubelle que sur une table de librairie. Et l’ensemble de la critique sociale, bien au-delà du marxisme, souffre de cette dynamique. En Allemagne, on brûle physiquement des tonnes de livres édités en Allemagne de l’Est. Bien entendu, la résistance au capitalisme, qui en définitive n’a jamais cessé, va peu à peu reprendre ses droits, trouvant dans des générations nouvelles une vigueur insoupçonnée. Encore une fois le livre va suivre le mouvement et une pléthore d’ouvrages qu’on croyait démodés vont ressurgir. Des nouvelles maisons d’éditions radicales émergent. C’est cette dynamique qui a poussé les Editions Aden à voir le jour. Mais un nouvel autodafé bien plus efficace, plus sournois se fait jour. La transformation du livre, de tous les livres, en marchandise. Les marchands qui aujourd’hui dominent le livre sont les inquisiteurs modernes. En confinant le livre à un rôle purement commercial, ils allument le bûcher. Ils éditent des millions de livres qui inondent les espaces des librairies. Leurs armées tirent à coups de publicités, de marketing, de copinages dans les grands journaux. Conséquences: la dissidence éditoriale est écrasée et la bibliodiversité menacée. Cette armée n’hésite pas, pour achever sa victoire, à commercialiser la critique même du commerce et donc du capitalisme pourvu qu’elle rapporte. De fusion en fusion, on peut voir, sans que cela suscite révolte ou critiques majeures, un grand marchand d’armes devenir propriétaire du très beau fond des Editions Maspero (Malcolm X, Fanon, Guevara, Guérin, Lissagaray). Editer des livres dans notre coin, nous aurait condamnés. Il fallait réagir. C’est pourquoi les Editions Aden sont inséparables de leur structure de diffusion-distribution mise sur pied en Belgique. Le but : rassembler des éditeurs de même philosophie politique, ou qui travaillent en marge, ou publient des livres alternatifs (que ce soit dans le domaine du roman graphique, de la littérature ou évidemment des essais) afin de peser de tout notre poids collectif sur les librairies pour grignoter des espaces au rouleau compresseur de l’idéologie dominante. Les Editions Aden tentent d’inoculer la lutte de classe au cœur même des espaces feutrés des librairies. N’hésitez pas à découvrir notre catalogue animé par la mémoire des luttes sociales et notre confiance dans les possibilités qu’offre le livre dans le long combat à venir pour l’émancipation humaine…

Gilles Martin

1. Polastron, Livres en feu, Denöel, 2004, p. 14.

 
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