La chronique littéraire.
02 novembre 2002.
"La toison d'or" de Borislav Pekic.
"Une histoire des Balkans."
Par Julie Matagne
.Un roman magistral ! Il y a du Albert Cohen, et du Stendhal chez cet auteur monténégrin encore mal connu ici. Je pensais à Cohen pour la verve des personnages, la dérision, la grandiloquence loufoque pleine d'humour et à Stendhal pour l'implacable qualité narrative, l'épopée sociale. Mais là où Julien Sorel montait dans la société, ici c'est plutôt l'histoire d'un déclin. Celui des Njegovan, une puissante famille d'origine roumaine et installée en Yougoslavie. Le roman s'ouvre le soir du Réveillon, toute la famille est réunie autour du patriarche. On est en 1941, la guerre n'a pas encore embrasé les Balkans. L'aïeul sort pour nous de son coma sénile et observe sa descendance, à la veille des bouleversements qu'il pressent, à la recherche d'un digne successeur, capable de mener la famille et ses richesses à travers les récifs de l'Histoire. C'est l'occasion d'un formidable portrait de l'époque, d'une peinture acerbe de la bourgeoisie et de la guerre 40 vue depuis la Serbie. C'est aussi le prétexte à cinq siècles d'histoire à travers les tribulations de cette famille, qui louvoie entre les grandes puissances de ce monde marchand, conseille les Tsars, négocie avec les janissaires et analyse toujours tout en termes de capital et de profit. A lire !
Titre : La Toison d'or | Auteur : Borislav Pekic | Editeur : Agone Prix: 25€