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Simenon et antisémitisme : deux poids, deux mesures. Par Gilles Martin

C’est avec surprise que je vois fleurir un nouvel engouement pour un écrivain comme Simenon. Voilà le bonhomme en odeur de sainteté puisque édité sur papier bible dans la fameuse Pléiade de chez Gallimard. Pourtant, un grand manque apparaît au cœur de cette nuée d’éloges : pas la moindre allusion au discours nauséeux du personnage.

Quand on cause Simenon, que ce soit à la téloche, dans la presse écrite, on a l’impression de lire une gentille carte postale postée par une collégienne.

Quid de la part d’ombre de l’écrivain ? Pierre Assouline a démontré, dans sa biographie, la méchante attirance dudit Simenon pour la haine des juifs. Et Didier Daeninckx parle, lui, d’une obsession antisémite, semblable à celle de Céline, insupportable.

Mais cet antisémitisme-là n’est pas grave aux yeux des gardiens des idées bien comme il faut. C’est comme la passion de Céline pour le nazisme ou l’anticommunisme, le racisme et l’antisémitisme d’Hergé: faut comprendre le contexte, séparer ces prises de position de l’œuvre, etc.

Une fois de plus, le courant d’air qui vient de droite est toléré, banalisé.

Par contre, quand il s’agit de s’en prendre à la gauche un tant soi peu radicale, on n’hésite pas.

La grande tendance est de tomber à bras raccourcis sur la moindre critique de la politique d’Israël. Vous êtes pro-Palestinien ? Vous êtes sans doute un antisémite qui s’ignore.

La farce devrait faire rire. Elle est dramatique. C’est consterné que j’ai pu lire cette prise de position de Simone Veil, survivante d’Auschwitz : " Mme Veil estime que le risque de la banalisation du génocide des juifs et des Tziganes est plus grand que celui de sa négation. Cette banalisation est en cours, a-t-elle dit, et elle est "retournée contre Israël, accusé, de façon scandaleuse, de crimes contre l'humanité". Quant à l'antisémitisme en France, elle a souligné que, dans sa version actuelle, il ne vient pas de l'extrême droite, mais de la "dérive haineuse d'un antisionisme militant pratiqué par des groupuscules d'extrême gauche", et dans lequel le "mal-être de jeunes issus de l'immigration" a trouvé à se refléter. " (1)

Qu’il y ait des dérapages antisémites chez certains militants de la cause palestinienne est une évidence et il faut combattre ces dérapages avec force. Mais amalgamer gauche radicale, antisionisme et antisémitisme est scandaleux. On voit d’ailleurs où mène ce raisonnement : l’extrême droite est exonérée. Inquiétant.

(1) Le Monde du 16/05/2003


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