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 « Le rappel à l'ordre » de Daniel Lindenberg.
Gilles Martin


Parfois, il m'arrive d'être dans un endroit et de me dire, merde, ça sent le brûlé et pas moyen de trouver l'origine de l'inquiétant effluve. C'est pour cette raison qu'il faut lire le livre de Lindenberg. Vous sentez bien qu'il y a un courant d'air venant souvent de la droite dans les phrases de tel personnage de la culture dominante, dans les choix de lectures du voisin, dans la façon de ricaner de certains, …sans vraiment pouvoir saisir clairement le côté puant du comportement. Mais d'où surgit ce vent glacial ?

« Le rappel à l'ordre » est une boussole qui nous guide dans la nuit  rampante qui nous gouverne: discours sécuritaire, repli communautaire n'ont jamais été autant à la mode au nom de la lutte contre le politiquement correct.

Cette tendance, liée à la crise économique, génère inévitablement ses artistes, ses intellectuels et autres acteurs, dont le but est de vendre une camelote infâme: la réaction droitière dissimulée sous le perfide masque du branché, du cool et autres tendances mode.

Le livre de Lindenberg est donc une enquête avouée sur les nouveaux réactionnaires et se penche sur la façon dont des courants que l'on croit issus de la gauche ne sont que des minables chevaux de Troie de courants extrêmement droits. Le texte, sans arriver à la puissance du classique « Ni gauche, ni droite » de Sternhell, ouvre des pistes passionnantes pour saisir des mécanismes subtils qui s'imposent peu à peu à nous et qui légitiment la dérive antidémocratique de nos sociétés d'abondance.

Lindenberg souligne, qu'au cœur même de la démocratie bourgeoise, s'insinuent de plus en plus avec force des concepts néoconservateurs sans rencontrer de réelle opposition.


« Le désir de réaction se répand désormais au grand jour à travers différent "procès": celui de Mai 68, celui de la culture de masse, celui des droits de l'homme, celui de l'antiracisme, plus récemment celui de l'Islam…Autant de totems et d'intouchables déboulonnés les uns après les autres par une verve iconoclaste progressivement déculpabilisée. Progressivement, car il s'agit d'une mécanique; chacune de ces "procédures" favorise l'ouverture de la suivante tout en rendant plus acceptable des opinions jugées jusqu'ici intolérables. Le procès de Mai 68 rend ainsi plus aisées les attaques contre l'école et l'université de masse et banalise peu à peu l'expression de points de vue "antijeunes"…(…) Ainsi la défense de l'inégalité et la recherche de la pureté ethnique passaient-elles par l'affirmation du "droit à la différence" ». (1)


On ne peut que se réjouir, car Aden n'a jamais manqué de le souligner : l'auteur voit dans Houellebecq un des "éclaireurs" de cette nouvelle réaction. Tout lecteur qui se pose des questions sur le côté fascisant de l'auteur des Particules élémentaires doit lire ce livre.

Certains accordent une licence romanesque à Houellebecq et nous prennent finalement pour des débiles de ne pas voir dans ses romans la distance qu'il convient. Il paraît qu'on peut écrire que « les Chinois agissent en tout comme des porcs et que pour ne rien arranger ce sont des porcs nombreux » (2) sans être accusé de racisme. (Cette citation choisie n'est qu'une goutte d'eau dans l'univers de Houellebecq).

Mais le problème est que dans ses entretiens, dans ses écrits théoriques, on retrouve la même 'rhétorique' fasciste. So what ?

Idem pour l'autre cheval de Troie de ce nouveau fascisme qui vient: Maurice G. Dantec.

L'auteur de Villa Vortex a le talent de la phrase sans concession: « Ni la liberté, ni l'égalité, ni la fraternité ne sont accessibles aux masses » (3), ou encore « Appeler un chat un chat, un Juif un Juif, un Arabe un Arabe ». (4)

On aura compris qu'il est n'est pas nécessaire d'avoir fait Science Po pour saisir l'idéologie à peine cachée derrière ces phrases ordurières.

Ces deux auteurs à la mode sont les aiguillons du livre. Ils donnent la pleine mesure des dangers d'une certaine littérature qui décomplexe ce qu'il y a de moins noble dans des tas de cœur à prendre.





(1) Le rappel à l'ordre, p.12
(2) Les particules élémentaires, p.111
(3) Le théâtre des opérations, tome 1, p. 49
(4) Idem, p. 45
 


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