Aden

Nouvelles de marronnage culturel

Numéro 66, 12/11/2002

"La provocation est une façon de remettre la réalité sur ses pieds."

B. Brecht.

www.aden.be

Edito

Le cadavre bouge encore

Ceux qui croyaient qu'Aden - Mailing-List avait abdiqué face à la " douce " barbarie du monde devront revoir leur copie. Fallait-il laisser se détricoter ce gentil courrier ? Et laisser dans l'ornière de la pensée unique des lecteurs qui, maintes fois, se sont manifesté pour déclarer leur sympathie avec certaines de mes petites phrases assassines ?

Je ne pouvais m'y résoudre. Albert II continuait de lire des discours rédigés par d'autres, Star Academy revenait en deuxième saison, le Lotto continuait à promettre la lune aux pauvres, les rubriques zodiacales persévéraient dans leur respect de l'ordre. Et moi, je me taisais, abruti par le grand cri du monde qu'on exploite. Terrassé par la culpabilité, je devais tenter encore une fois de vous faire partager quelques coups de gueules, de répandre les petits mots, les analyses, de ceux qui disent autrement les champs du possible.

Un site amélioré

Pour y arriver, Aden va considérablement améliorer son site et le mettre à jour très régulièrement pour essayer de transformer cet espace numérique en véritable place forte de la contestation.

Le résultat est déjà en ligne: www.aden.be

L'événement

L'éditeur d'Agone à Bruxelles !

Rencontre - Débat à l'occasion de la parution du livre de Howard ZINN, "Une histoire populaire des Etats-Unis"

Présentation par Jean Bricmont ( préfacier de Chomsky) & Thierry Discepolo ( éditeur d'Agone)

Samedi 16 novembre à 20 heures
Librairie Aden, 44 rue Antoine Bréart, B-1060 Saint-Gilles Tram 81 Tel & fax 02 53 44 662
Pour rappel, cette histoire des Etats-Unis présente le point de vue de ceux dont les manuels d'histoire parlent habituellement peu. L'auteur confronte avec minutie la version officielle et héroïque (de Christophe Colomb a George Walker Bush) aux témoignages des acteurs les plus modestes. Les Indiens, les esclaves en fuite, les soldats déserteurs, les jeunes ouvrières du textile, les syndicalistes, les GI du Vietnam, les activistes des années 1980-1990, tous, jusqu'aux victimes contemporaines de la politique intérieure et étrangère américaine, viennent ainsi battre en brèche la conception unanimiste de l'histoire officielle.
Les brèves

Le sniper de Washington…

Les médias nous abreuvent tellement d'infos que les faits passent et que rien ne reste dans nos petites têtes. On se dit: " Y a trop d'infos et on est inondé". Ce qui est une erreur: on est bien loin d'avoir trop d'informations…sur l'essentiel. Par exemple, il y a quelques semaines, la totalité des médias occidentaux faisaient état de la sainte panique que semait un sniper dans la région de Washington.

Déjà, on peut s'étonner du choix. En Amérique Latine, des escadrons de la mort massacrent régulièrement des paysans pauvres sans que cela fasse la une des journaux. Alors, pourquoi les victimes du sniper américain avaient-elles plus d'importance dans nos médias ???

N'étant pas capable, par arrogance, à accepter l'idée que les ressorts et les causes de ces choix sont énigmatiques, il me restait à entamer une partie de judo avec la pensée unique. Et, je ne peux m'empêcher de lire entre les lignes quand Libération écrit que " Le gouvernement américain a décidé de sortir les grands moyens pour arrête le sniper. (…) Le département de la justice a demandé l'aide du Pentagone. Cette collaboration déroge à la tradition qui veut que l'armée américaine n'intervienne jamais dans les affaires civiles ou criminelles américaines." (1) Béni soit le sniper.

Libération: 17/10/2002

Sur le sujet, Aden publie la réaction de Michael Moore ( en Anglais):

Et un extrait de la revue Politis:

La tyrannie de l'image

Revendiquant le noble titre d'obsédé textuel, il m'arrive de céder au pessimisme face à la tyrannie de l'image dans notre société belle et libre. Par exemple, piéton, on n'échappe à l'image publicitaire qu'au risque de déambuler dans la ville les yeux fermés. La science des statistiques n'accordera pas une longue espérance de vie à l'intrépide. A la limite de la pulsion sexuelle, Breton souligne, dans L'amour fou, les émotions qu'il ressent à la lecture de certaines phrases, à la vue de certains mots. C'est en tremblant qu'il lit les "beau comme…" de Lautréamont ou " La rivière de cassis " de Rimbaud.

A faire le bilan, c'est bien l'image, en particulier le cinéma, qui me donne aujourd'hui des émotions de cette intensité. Beaucoup d'entre nous pleurent au cinéma. Qui pleure de la même manière à la lecture d'un livre ? L'image qui domine aujourd'hui dans nos sociétés n'est pas une image qui pousse à la compréhension du monde mais bel et bien à la contemplation passive. Guy Debord l'avait déjà écrit en 1967: " L'aliénation du spectateur au profit de l'objet contemplé s'exprime ainsi: plus il contemple, moins il vit; plus il accepte de se reconnaître dans les images dominantes du besoin, moins il comprend sa propre existence et son propre désir."

Il ne reste plus qu'à se taire devant la poésie sauvage de Debord.

Francorchamps: la panne d'indécence

Supprimer un spectacle qui fait du bruit, qui abrutit, qui pollue, qui fait l'apologie de la vitesse au volant et de la compétition primaire est une très grande nouvelle. Surtout que les hautes instances de la Formule 1 suppriment le dit capharnaüm parce que la publicité pour le tabac n'y ait plus autorisée. Bingo ! On gagne deux fois. Les mecs se barrent parce qu'ils ne peuvent plus encourager la jeunesse a se remplir les poumons de goudrons. C'est dire le côté fair-play des parrains de la Formule 1.

Le plus navrant est de voir les politiques belges s'agiter avec l'énergie du désespoir pour tenter de sauver ce qu'ils nomment une manne financière considérable pour la région. ( Notons que l'impact économique du grand prix sur la région n'a jamais été démontré…dixit Le Soir du 31/10/2002, p3)

Ce qui pue plus encore que les gaz d'échappements en F1, c'est aussi l'appât du gain. Et celui qui a du nez ne devrait pas s'étonner de voir dans ce sport émerger des pratiques mafieuses. Des preuves ?

Non, mais des indices. Par exemple, Charles Duchaine fut juge d'instruction dans la principauté de Monaco de 1995 à 1999. Il y reconnaît qu'à Monaco, " la présence des mafias, notamment italienne, est une évidence." Et qu'il y fut confronté également aux mafias de l'Est. "Notamment à l'occasion du grand prix de Monaco de Formule 1." Le juge explique: " J'avais appris que plusieurs membres d'une équipe de mafieux, qui apparaissaient dans l'une de mes procédures, allaient assister à la compétition. Il faut dire que certains d'entre eux sponsorisaient l'épreuve ! " (1) Tiens, sans doute un geste pour le développement économique de la région monégasque.

Faut-il encore ajouter que Francorchamps risque de disparaître au profit de Moscou ?

Bien entendu, cela ne veut rien dire mais faudrait creuser non ?

Pendant ce temps, Serge Kubla, ministre wallon, confond peut-être circuit automobile et circuit…financier.

(1) Le Monde, 27 juin 2002.

Encore et toujours Houellebecq…

Ceux qui aiment encore l'écrivain Michel Houellebecq devraient quand même savoir que lors de son procès pour "complicité de provocation à la haine raciale", des partisans et des élus du Mouvement national républicain (MNR) de Bruno Mégret ont été expulsés du tribunal de Paris où ils étaient venus manifester leur soutien à l'écrivain. Bien entendu, l'auteur de Plate-forme est trop rusé pour accepter ce soutien trop explicite et a fait mine de marquer son désaccord avec les nazillons qui venaient lui hurler leur amour. Alors, juste cette question: pourquoi le MNR passéiste s'entiche-t-il d'un écrivain mode soi-disant révolutionnaire ? La réponse vous appartient.

J'ai lu ça:

Noam Chomsky, linguiste à la langue bien pendue, a le sens de la formule: " La démocratie ne signifie pas grand chose quand les individus, en tant que tels, se retrouvent confrontés à une hyper-concentration du pouvoir économique. Elle n'a de sens que si les gens peuvent s'organiser de manière à obtenir des informations, se forger une opinion sur les différentes questions, avoir des projets, participer activement au jeu politique, promouvoir leurs idées, etc. Si un tel système d'organisation peut s'instaurer, alors, et alors seulement, la démocratie est envisageable. Sinon cela revient à avoir le choix entre Coca-Cola et Pepsi."

Je parie que des militants pro Europe sont capables d'exiger la création d'un Coca européen pour résoudre le problème.

La citation vient du remarquable " De la guerre comme politique étrangère des Etats-Unis" aux éditions Agone. Vous trouverez la postface du livre, rédigée par Jean Bricmont, sur le site: http://www.aden.be/bricmont2.htm

Jésus uber alles

C'est pas un scoop, Valéry Giscard d'Estaing est une ordure. Ceux qui ont de la mémoire se souviennent de quel président de la République il a été pour la France. Ceux qui ont lu le livre "Vulcania", paru chez Golias (1), ont pu saisir l'épaisseur du personnage quand il se mit à sévir dans sa région d'origine, l'Auvergne: magouilles financières en tous genres, clientélisme, destruction de sites écologiques,…

Les Auvergnats qui ont vu de quoi Giscard est capable ont dû frémir quand ils ont appris que le monarque contrarié allait devenir le président de la Convention européenne et, donc, un des rédacteurs de la future Constitution européenne. A ce titre, le bonhomme est travaillé au corps par la droite chrétienne pour qu'apparaisse noir sur blanc dans la dite Constitution la mention de Dieu et d'héritage chrétien. C'est à peu près les paroles que lui a tenues Jean-Paul II lorsqu’il reçut Giscard ce 31 octobre. Et d'ajouter que "L'apport décisif du christianisme et de la vision chrétienne de l'homme à l'histoire et à la culture de différents pays fait partie d'un trésor commun, et il apparaîtrait logique que cela soit inscrit dans le projet de la Convention." (2)

Jean-Paul II montre une fois de plus ses liens avec les thèses les plus réactionnaires de l'Eglise.

L'UE risque d'être une régression qui nous ramène avant 1789. Date où la révolution française avait inscrit en lettre de feu un des principes essentiels de toute démocratie: la séparation de l'Eglise et de l'Etat. Le fond de l'air effraie.

  1. Plus d'infos sur le site: http://www.aden.be/Vulcania.htm

(2) Le Monde 8/11/2002.

Le roi en cheville.

Que la cheville cassée du Roi des Belges prenne plus de place dans les journaux de la RTBF que la manif contre la guerre (5000 manifestants.) en dit long sur la capacité de notre système médiatique à réellement nous informer.

Des infos différentes sur la manifestation de ce dimanche: www.indymedia.be en particulier un reportage photo: http://belgium.indymedia.org/front.php3?article_id=37808&group=webcast

Un autre son de cloche sur la monarchie belge: www.crk2000.yucom.be

 

C'est déjà fini.

A quand ? Allez savoir…

Gilles Martin

Aden est envoyé à 12517 personnes.

Qu’est-ce que le marronnage culturel ? En guise de manifeste.

Le 'marron', cet esclave qui à l'époque de la servitude, brisait ses chaînes pour fuir l'ordre établi, et bien, le nègre marron m'a pris à la gorge. Et ce mot que je cherchais pour dire ma révolte de l'ordre culturel et de l'ordre tout court, ce mot qui souligne à merveille ce refus qu'on voudrait balancer à la gueule de ceux qui nous macdonaldisent, qui disneyisent, qui nous transforment en clochards de la culture, je le trouvais sur cette "île inquiète"(1): le marronnage ! Aujourd'hui, en Occident, la chaîne n'emprisonne plus l'esclave au pied. Les chaînes de notre servitude sont aussi posées dans notre cerveau. Combien de Français, de Belges abrutis et colonisés par Star Academy ? A quoi rêvent encore les hommes écrasés par la Loterie Nationale et les rubriques zodiacales de je ne sais quel canard boiteux ? Pourquoi cet océan de verroteries ??? Le marronnage m'apprend à vouloir casser mes chaînes et à prendre le maquis de la contre-culture. C'est là qu'est le vrai but d'Aden car marronnage signifie subversion et transgression d'un ordre contraire. En conséquence, je vous invite à partir dans la montagne bouter l'incendie de notre inaliénable révolte.

Gilles Martin

(1) La Martinique.